LES CONDITIONS DE TRAVAIL DANS L'INDUSTRIE DE LA MODE

Dans cet article, on vous parle des conditions de travail dans l'industrie de la mode. Et si on commençait cet article par un petit test, un basic du prêt-à-porter ? À votre avis, pour un t-shirt acheté 29 euros dans une enseigne connue en France, quelle part, en pourcentage, est dédiée au salaire du (des) travailleur(s) ? 

La réponse est 0,6%, soit 18 centimes d’euros par article. Un bien maigre revenu pour des journées entières à transformer la matière et confectionner une quantité astronomique de t-shirts. 

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Source : Fair Wear Foundation

Dans notre premier article, on vous expliquait pourquoi l’industrie de la mode est-elle l'une des plus polluantes. On le sait, l'industrie de l'habillement est l'une des industries les plus polluantes au monde. Entre l’extraction de matières premières, leur transformation (tissage, création des tissus, teinture, couture, fabrication de vêtements), le transport ou encore l’entretien, la production de vêtements engendre une véritable catastrophe écologique. Alors, s’il est indéniable que la planète est une des principales victimes de cette surproduction, l’humain peut lui aussi être placé au cœur de l’engrenage de la fast-fashion.

Mais alors, comment expliquer ce désastre humain ?

L’ORIGINE DU PROBLÈME DANS L'INDUSTRIE DE LA MODE

La fast fashion (ou industrie de la mode rapide) est un terme utilisé dans l'industrie de la mode pour décrire une industrie qui produit et vend des vêtements à moindre coût. Le mot rapide est choisi pour décrire la vitesse à laquelle le produit passe des ateliers de conception aux magasins. C’est cette rapidité qui entache les conditions de travail des employés et qui représente un fléaut d'un point de vue environnemental, qu'il s'agisse de textiles synthétiques ou durables. 

En effet, l’augmentation des coûts de production au cours des dernières années a entraîné une délocalisation des grandes enseignes de l’habillement vers des pays en voie de développement. Sur place, les géants de la mode ne créent pas d'usines et n'en possèdent pas : ils réussissent à réduire leur frais en sous-traitant à des usines locales. Dans l'industrie de la mode et plus particulièrements dans la fast fashion, ces sous-traitants sont souvent exploités.

Les vêtements sont fabriqués là où les coûts de productions sont les plus faibles. Par conséquent, les entreprises cherchent constamment de nouveaux lieux susceptibles de leur offrir une main-d'œuvre moins chère mais à laquelle elles peuvent imposer des rythmes de production très soutenus. Face à la puissance et au pouvoir financier de ces marques, les usines sous-traitantes n’ont pas d’autres choix que d’accepter ces exigences, par peur de perdre les contrats proposés. Ce sont les multinationales qui détiennent le pouvoir. 

C’est là que se creuse le problème. Face à cette demande démesurée de productivité, l’exploitation d’hommes, de femmes et d'enfants, les temps de travail indécents, et les conditions de travail précaires et dangereuses deviennent monnaie courante. 

Ces conditions sont encore aujourd’hui la norme pour la majorité des usines de textile non labellisées des pays d’Asie, d’Afrique, d’Europe de l’Est mais aussi des Balkans.

UN RYTHME DE PRODUCTION QUI REND LES CONDITIONS DE TRAVAIL DANS L'INDUSTRIE DU TEXTILE TRÈS PRÉCAIRES

Les conditions de fabrication du textile et de confection du produits sont extrêmement dures. Les délais de production très stricts imposés par ces géants de la fast-fashion forcent les ouvriers à travailler durant de longues journées. 12, 13, 14, 15, 16 heures de travail sont le quotidien de nombreux ouvriers. Un rythme éreintant qui peut être amené à encore augmenter si la production le demande. 

En plus de l’intensité du travail, les ouvriers (rappelons qu’il peut aussi s’agir d’enfants) doivent travailler dans des conditions insalubres où ils passent plusieurs heures sans boire ou manger, ni même aller aux toilettes. Ces conditions entraînent des accidents de travail, une fatigue extrême et de nombreux problèmes de santé comme de l’asthme, des maux de dos, des problèmes de vue, des fausses couches voire même, des maladies graves. Celles-ci sont d’autant plus accentuées par l’exposition aux substances toxiques que subissent les travailleurs, quotidiennement. En effet, que ce soit l’utilisation de pesticides pour l’extraction des matières premières comme le coton, les émanations hautement toxiques lors de la création de matières comme la viscose ou l’utilisation de métaux lourds pour teinter, délaver et assouplir, chaque étape de la production de nos vêtements est susceptible d’affecter la santé de toutes les personnes qui y contribuent. 

Quand des maladies ou accidents surviennent, très rares sont les compensations offertes aux victimes et à leur famille. Impossible de ne pas citer le drame du Rana Plaza à Dacca au Bangladesh, le 24 avril 2013, qui fait plus de 1129 morts et 2500 blessés. L’effondrement du bâtiment, qui abritait plusieurs ateliers de confection travaillant pour diverses marques internationales de vêtements, se classe parmi les catastrophes les plus meurtrières de l'histoire du travail.

Quels que soient les textiles produits (lin, coton, maille, polyester, textiles techniques, etc), la manufacture de ces derniers dans l'industrie de la fast fashion reste un désastre d'un point de vue social et humain. 


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Crédits : REUTERS/ANDREW BIRAJ VIA LE MONDE

DES SALAIRES EN DESSOUS DU MINIMUM LÉGAL POUR LES MÉTIERS DE LA MODE

Côté salaire, difficile de rendre le tableau plus glorieux. Pour les 30 millions d’ouvriers et d’ouvrières de l’industrie textile, les salaires de misères et les nombreuses heures supplémentaires font partie du quotidien. 

En effet, les travailleurs de l’industrie du vêtement gagnent souvent un salaire en dessous du seuil de la pauvreté. Même si les gouvernements établissent des salaires minimums, ces derniers sont déterminés dans un contexte très compétitif afin d’attirer les pays développés. Certains pays producteurs du continent asiatique combattent les uns contre les autres pour décrocher les contrats de l’industrie textile. Il n’en fallait donc pas plus pour que les gouvernements fixent le salaire minimum en dessous du salaire de subsistance dans l'industrie de la mode. 

Malheureusement, afin de répondre à la pression des entreprises qui désirent les prix les plus bas possible, les salaires des travailleurs déjà faibles sont souvent revus à la baisse par les manufacturiers qui les paient en-dessous du minimum légal. Ainsi, parmi les principaux pays exportateurs de l’industrie, les salaires nets fournissent à peine 1/3 du salaire considéré comme vital

Et pendant que l’industrie textile profite de la situation et voit ses bénéfices augmenter, des milliers de couturières vivent toujours dans des conditions difficiles. Après 13 heures de travail, celles-ci ne gagnent pas assez pour couvrir leurs besoins de base. Les conséquences sont désastreuses : les populations souffrent de malnutrition, elles n’ont pas d’argent pour l’éducation ou les soins médicaux et ont peu de temps ou d’énergie pour s’occuper des enfants.

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Source : C&A Foundation

QUELLES SOLUTIONS S'OFFRENT À NOUS POUR LUTTER CONTRE LES MAUVAISES CONDITIONS DE TRAVAIL DANS L'INDUSTRIE DU TEXTILE?

Face à ces constats, une seule idée nous vient en tête : boycotter les produits provenant de l’autre bout de la planète. Cependant, ce n’est pas si simple. S’il est certain que l’on n’a pas envie d’encourager cet esclavage moderne, le boycott radical n’est pas la solution car il risquerait de mettre à mal l’emploi de millions de travailleurs.

Les travailleurs et travailleuses de la confection dont, rappelons-le, 80% sont des femmes, veulent travailler et ont désespérément besoin de leur emploi pour vivre. De plus, dans de nombreux pays, l’industrie de la confection est l’une des seules possibilités vers l’indépendance financière pour les femmes. 

Pas de boycott donc, mais une volonté d’accompagner ces pays vers de meilleures conditions d’emplois, en étant des consommateurs qui paient le juste prix.

Attention, il est important de faire un rappel : toutes les entreprises en dehors de cette zone ne sont pas à diaboliser ! Si, comme nous avons pu le voir précédemment, les conditions de travail des employés de la mode laissent parfois à désirer, il ne faut pas faire de généralité. En effet, certaines usines de sous-traitance, en Asie et dans le reste du monde, offrent de bonnes conditions de travail et un salaire décent à tous leurs employés.

LES LABELS QUI GARANTISSENT LE RESPECT DES CONDITIONS DE TRAVAIL


Il suffit de savoir les identifier : le plus simple est de se référer aux labels sociaux (et environnementaux évidemment) qui conduisent des contrôles réguliers et indépendants dans les ateliers.

Les labels sociaux se basent le plus souvent sur les conventions fondamentales de l'Organisation Internationale du Travail (OIT). Parmi les normes relatives aux conditions de travail dans l'industrie du textile, on retrouve l’interdiction du travail forcé, l’interdiction du travail d'enfants et l’interdiction de la discrimination au travail. 

En ce qui concerne les labels liés aux marques, voici quelques exemples : SloWeAre qui permet au consommateur d’identifier facilement les marques de mode engagées dans une démarche éco-responsable et B Corp qui atteste que l’entreprise se conforme à des exigences sociales et environnementales. 

Si se renseigner sur les labels des marques est un bon moyen de s’assurer des conditions de production justes pour l’homme et la planète, regarder du côté des usines de confection est aussi une bon réflexe. Parmi les différents labels, on retrouve FairWear Foundation qui contrôle et améliore les conditions de travail dans l’industrie textile, OEKO-TEX qui certifie des produits fabriqués sans substances toxiques mauvaises pour l'Homme ou la planète, Fairtrade (Max Havelaar) qui développe le commerce équitable au niveau mondial et coordonne les programmes de soutien aux producteurs ou encore SA 8000, une norme internationale qui encourage les organisations à développer, maintenir et adopter des pratiques socialement acceptables en milieu de travail.

Vous l’aurez compris, il est nécessaire de choisir des marques labellisées avec une traçabilité et une forte transparence sur les lieux de production et conditions de travail des ouvriers. Consommer local est aussi une bonne solution : une production de vêtements dans un pays comme la France, le Portugal, l’Espagne, ou encore l’Italie garantissent le respect des employés. Également, se référer aux sites internet des marques est souvent un bon moyen de comprendre leur démarches et leurs engagements.  

NOTRE DÉMARCHE CHEZ LES APPRÊTÉS


Chez Les Apprêtés, nous avons fait ce travail de recherche afin de proposer sur notre catalogue des marques répondant à des critères stricts. Toutes nos marques sont éco-responsables et possèdent des critères sociaux. Parmi ceux-ci, vous retrouvez la rémunération équitable qui garantit que nos marques offrent des conditions de travail et un salaire décent à tous les collaborateurs qui interviennent dans le processus de création des vêtements,  ainsi que la solidarité / insertion, qui promeut l’intégration et la diversité en entreprise. Pour plus de transparence, les engagements de nos marques et les critères éco-responsables des produits sont expliqués sur chaque fiche produit dans l'onglet "Derrière l'étiquette". Il est possible d’y retrouver toutes les informations nécessaires, de la matière, à la fabrication en passant par des informations sur la marque. 

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Exemple d'un "derrière l'étiquette" extrait du catalogue Les Apprêtés. O My Bag - Sac Ruby.

Toutes nos marques partenaires sont révélatrices de ces engagements. Parmi elles, plus de 25 marques produisent en France, en Europe ou en Afrique du Nord. Certaines produisent en Asie, comme par exemple Thinking Mu et O My Bag. Depuis sa création, la marque espagnole Thinking Mu collabore avec les mêmes ateliers indiens. En travaillant avec eux sur le long terme, la marque s’assure du bon développement économique de leur partenaire, des bonnes conditions de travail des collaborateurs mais aussi de la préservation des savoir-faire du pays comme l’impression au cadre ou la broderie à la main. Thinking Mu est une marque qui respecte l'environnement et les travailleurs du secteur du textile. Idem pour O My Bag, dont les partenaires se situent aussi en Inde et plus exactement à Calcutta. Chaque sac de la marque est créé dans des conditions de travail sûres où toutes les personnes reçoivent un salaire équitable. Les femmes et les minorités bénéficient de l'égalité des chances en matière de travail. En choisissant de travailler avec ces producteurs soigneusement sélectionnés, O My Bag contribue à la lutte contre la pauvreté et la promotion de l'autonomisation des femmes.

Il est rassurant de savoir que des solutions existent et qu’il est possible d’agir à notre échelle afin de lutter pour une industrie de la mode plus juste ! S’il est important d’agir concrètement au quotidien,  il est aussi nécessaire d’en parler autour de soi. Au vu de la méconnaissance de nombreuses entreprises sur leurs propres chaînes d’approvisionnement, il n’y a rien d’étonnant à ce que les consommateurs ne soient pas conscients des catastrophes climatiques et humaines que provoquent l’industrie de la mode. Ces informations ne doivent plus être passées sous silence et il est aujourd’hui nécessaire que la conscience collective se réveille. N’hésitez donc pas à partager cet article traitant des conditions de travail dans l'industrie de la mode, à vos proches ! 😊

Et vous, qu'en pensez-vous ?  Êtes-vous prêts à consommer de façon plus éthique en analysant les conditions de fabrication et de confection de vos produits textiles ? Quelles sont vos astuces pour identifier les marques de l'industrie du textile qui qui offrent de bonnes conditions de travail à leurs employés et respectent ainsi TOUS les métiers de la mode? Partagez votre avis avec nous en nous écrivant ici !


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