POURQUOI LA MODE EST-ELLE SI POLLUANTE ?

Et si on faisait un petit point dans votre armoire : plusieurs robes noires, des jeans à ne plus savoir qu’en faire, des chemises de toutes les couleurs, des vestes portées une seule fois pour des occasions précises… La liste pourrait être encore très longue ! 

Aïe, le constat fait un peu peur, surtout quand on sait qu’en moyenne, on ne porte qu’un tiers de nos vêtements.

Ne vous en faites pas, vous n’êtes certainement pas les seuls à constater que votre armoire est bien trop remplie. Et pour cause, en seulement 15 ans, nos achats de vêtements ont augmenté de près de 60%. (1) 

Cette augmentation impressionnante de la consommation vestimentaire est portée par la fast-fashion. Cette tendance de la mode « jetable » est mise en avant par certaines enseignes qui renouvellent leurs collections très fréquemment et à petits prix. Le but de ce changement constant est, bien sûr, de nous faire consommer toujours plus et ce, au détriment parfois de la qualité, du respect des conditions de travail des employés ou de la planète. 

Car vous vous en doutez, cette surproduction nuit parfois aux personnes qui les fabriquent et les portent (on vous en parle dans un prochain article) et n’est évidemment pas sans coût écologique. 

Vous avez sûrement déjà dû entendre que la mode faisait partie des industries les plus polluantes au monde. Elle serait d’ailleurs placée au second rang, juste après l’industrie pétrolière avec 1,2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre émises par an (2). Un chiffre impressionnant qui fait froid dans le dos.

Mais alors, comment la mode peut-elle polluer autant ? 
Pour comprendre un peu mieux en quoi les vêtements que nous portons sont source de pollution et d’épuisement de nos ressources, nous allons analyser, étape par étape, leur cycle de vie. 


ÉTAPE N°1 : LA PRODUCTION DES MATIÈRES PREMIÈRES 

Vous êtes-vous déjà questionné sur l’origine de vos vêtements ? Sur ce qu’était votre vêtement avant d’en devenir un ? 

Comme vous le savez, pour fabriquer un vêtement, il faut de la matière première. Celle-ci peut être d'origine naturelle ou chimique. Il existe aussi des matières premières secondaires, ce sont les matières recyclées.

Commençons par les matières naturelles. Dans cette catégorie, nous retrouvons d’abord les matières végétales telles que le coton, le lin, le chanvre, le caoutchouc, qui proviennent de tiges, de fleurs, de feuilles ou même de sève.  Des ressources naturelles, oui, mais pas pour le moins polluantes car la plupart de ces plantes nécessitent de l’eau et des pesticides pour pouvoir se développer. Imaginez un peu, fabriquer un simple t-shirt en coton nécessite plus de 2 700 litres d’eau (3).

Nos vêtements en matières naturelles peuvent aussi être fabriqués à partir de matières animales provenant des moutons, chèvres, alpagas, mérinos pour la laine, vaches pour le cuir, bombyx du mûrier pour la soie, lapins ou visons pour la fourrure. En plus des questions éthiques que soulèvent les élevages, ces derniers nécessitent aussi un grand nombre de ressources en eau et en nourriture. En tout, ils représentent 14,5% des émissions de gaz à effet de serre globaux. (4)

Viennent ensuite les matières chimiques, où là aussi il est possible de distinguer deux catégories : les matières synthétiques et les matières artificielles.

Comme leur nom l’indique, les matières synthétiques sont issues d’une synthèse. Le plus souvent il s’agit d’une synthèse de composés chimiques dérivés du pétrole (polyester, acrylique, élasthanne...) qui émettent beaucoup de CO2. Aujourd’hui, 70% des fibres synthétiques produites dans le monde proviennent du pétrole. (1) À cela s’ajouteront des additifs chimiques qui vont permettre aux vêtements d’obtenir des caractéristiques supplémentaires comme la douceur ou la légèreté... Ces propos peuvent être nuancés car pour économiser les ressources, les fibres synthétiques peuvent parfois provenir du recyclage de bouteilles en plastique, comme le polyester recyclé. 

Enfin, les matières artificielles, quant à elles, proviennent d’une synthèse chimique à partir d’un composant naturel. Un processus de fabrication très utilisé par l’industrie de la mode. La viscose, par exemple, est obtenue à partir de cellulose de bois. La production de bois, qui permet de créer des fibres artificielles, impacte la biodiversité. En effet, quand une seule espèce est cultivée, celle-ci puise toujours les mêmes nutriments dans le sol et l’épuise. C’est pourquoi il est nécessaire de privilégier la viscose ecovero car le bois utilisé pour les fibres ECOVERO® est issu de forêts durables. 


ÉTAPE N°2 : LA TRANSFORMATION DES MATIÈRES PREMIÈRES

 Une fois la production des matières premières terminées, vient l’heure de leur transformation. Et oui, le travail est encore long avant d’obtenir les habits que nous voyons en magasin. 
 
Ainsi, pour devenir exploitable, la matière sera d’abord filée. Puis, afin de transformer le fil en tissu, il sera tissé ou tricoté. C’est de ce tissu que seront confectionnés les vêtements. Ces derniers seront ensuite lavés, teintés, délavés ou encore assouplis avec de nombreuses substances chimiques telles le chrome, le mercure ou le plomb. D’autres produits polluants seront également ajoutés pour donner au vêtement des propriétés qu’il ne peut pas posséder naturellement comme celles d’être anti tâche ou retardateur de flamme. 
Alors même si, en Europe, la législation régule l’utilisation de ces produits, ce n’est pas forcément le cas dans les pays en voie de développement et la plupart de ces substances toxiques finissent malheureusement dans la nature. La rivière Buriganda au Bangladesh en est le triste exemple puisqu’elle est devenue l’une des plus toxiques à cause des produits utilisés dans les tanneries alentour.
 
Une fois confectionnés, les vêtements seront repassés, pliés, étiquetés et emballés avant d’être placés dans un sac plastique de protection et distribués à leur enseigne. 


ÉTAPE N°3 : LE TRANSPORT

S’il y a bien une chose dont nos vêtements peuvent se vanter, c’est d’avoir fait le tour du monde

Nos vêtements voyagent énormément avant d’arriver dans notre penderie. Le plus souvent, leur production est répartie un peu partout dans le monde. La matière première, le tissage, la teinte, la confection ou encore la vente peuvent provenir ou être réalisés dans des pays différents.  

L’exemple le plus utilisé pour illustrer ces propos est celui du jean qui parcourra plus de 65 000 kilomètres avant d’atteindre sa destination finale, soit l'équivalent de 1,5 fois le tour de la terre. (5) 

Cependant, ce n’est pas une surprise si toute la chaîne de production est aussi dispersée. En délocalisant leurs ateliers de confection dans des pays en voie de développement, les marques et distributeurs bénéficient des bas salaires et de coûts de production beaucoup moins élevés qu'en Europe.

Il s’avère donc plus rentable de payer le carburant d’un transport aérien ou maritime plutôt que de confectionner leurs vêtements à proximité de leur marché de vente. C’est la raison pour laquelle, en France, 87 % des textiles et d'habillement achetés sont importés. (6)


ÉTAPE N°4 : UNE FOIS DANS NOS ARMOIRES

Ça y est, les vêtements sont arrivés à destination. Après leur fabrication et leur long voyage, ils se retrouvent dans notre penderie, quand ils ont la chance de trouver preneurs, ce qui n’est pas toujours le cas ! Si vous pensiez que l’histoire s’arrêtait là, vous allez sûrement être déçus… Et oui, car même une fois achetés, les vêtements continuent de polluer.  

En effet, pour laver nos vêtements, nous les passons à la machine. Pendant le cycle de lavage, des microfibres s’en détachent et s’évacuent avec l’eau. Seulement, ces perturbateurs endocriniens sont tellement petits, qu’ils ne sont pas filtrés par les stations d’épuration et finissent dans les océans. Chaque année, on retrouve donc plus de 500 000 tonnes de microparticules dans ces vastes étendues d'eau, soit l'équivalent de 50 milliards de bouteilles plastiques jetées à la mer. (1) Un chiffre ahurissant. 

Et ce n’est pas tout : ces microparticules seront ensuite mangées par les poissons, qui à leur tour, finiront dans nos assiettes. C’est l’histoire de l’arroseur arrosé. 


ÉTAPE N°5 : LA VIE D'APRÈS

Ce t-shirt vous plaisait pourtant bien il y a quelques mois lors de son achat… Mais rapidement, si ce n’est pas sa qualité qui a fait défaut, c’est la mode qui aura déjà changé. Résultat des courses et conséquence de la fast fashion : vous ne le portez déjà plus. 

Alors que deviendra-t-il ?  

Dans le cas n°1, il restera quelques années de plus dans votre penderie à prendre la poussière parmi d’autres vêtements car « on ne sait jamais » peut-être qu’un jour vous le reporterez. 

Dans le cas n°2, vous le jetterez, comme les 4 millions de tonnes de déchets textiles dont les Européens se débarrassent chaque année (2). Avec un peu de chance, il pourra être recyclé, sinon, comme 80% des textiles, il finira brûlé ou dans une décharge.  

Dans le cas n°3, vous préférerez le vendre ou le donner à des particuliers ou associations. Il pourra ainsi vivre une seconde vie auprès de personnes à qui il plaît ou qui en ont vraiment besoin. 

Si ce cas de figure est assurément le plus éco-responsable, on ne va pas se le cacher, il n’est malheureusement pas encore la norme. En effet, sur les 50% de Français qui déclarent faire du tri annuellement dans leurs placards, seulement 18% des textiles et chaussures dont ils se débarrassent rejoignent la filière de la récupération... (7)


MAIS ALORS, QUE FAIRE POUR QUE CELA
S'ARRANGE ?

C’est un fait, la mode pollue. Aucun vêtement ne possède un impact nul sur l’environnement et la façon dont la plupart sont fabriqués épuise petit à petit la Terre. Une affirmation un peu alarmiste, mais pas sans raison, puisqu’il est grand temps de changer l’industrie de la mode pour notre bien à tous. Heureusement, il est possible de se tourner vers d’autres modes de consommation dont l’impact environnemental est plus faible. 

Tout d’abord, il est important de se questionner sur la nécessité de nos achats. Notre devoir en tant que consommateur est de savoir les maîtriser et les minimiser. Pour cela, vous pouvez appliquer simplement la méthode BISOU : 

-        Besoin :  À quel besoin cet achat répond-il ?

-        Immédiat :  Puis-je attendre quelques jours avant de me décider ?

-        Semblable :  Ai-je déjà un objet qui a cette utilité ?

-        Origine :  Quelle est l'origine de mon produit ?

-        Utilité :  Cet objet va-t-il m'apporter un confort primordial ?

Si la réponse à ces questions est oui, alors prenez le temps de bien lire les étiquettes et de vous tourner vers les vêtements privilégiant les matières plus respectueuses de l'environnement (le lin, le chanvre, le coton biologique), les matières recyclées et les écolabels. 

Rien ne vous empêche également de jeter un œil du côté de la seconde main, en friperie ou sur les sites dédiés par exemple, pour offrir une seconde vie à un vêtement. 

Évidemment, pour profiter au maximum de la mode en réduisant votre impact, passer à la location est notre conseil #1 ! Beaucoup plus respectueuse de l’environnement, la location favorise l’économie circulaire. En effet, a contrario de l’économie linéaire, le modèle d’achat classique, dont le processus se résume grossièrement à extraire, produire, consommer puis jeter, l’économie circulaire vise à davantage respecter l'environnement en améliorant le cycle de vie de nos vêtements

En louant vos vêtements, vous faites donc partie de cette boucle vertueuse puisque la vie du vêtement est allongée et ça, c’est une bonne nouvelle ! 

Et vous, pensez-vous que l’industrie de la mode peut changer ? Quelles sont vos astuces pour une consommation plus respectueuse de l'environnement ? Donnez-nous votre avis ! 



SOURCES : 

(1) Le revers de mon look, Ademe, 2019

(2) La mode sans dessus-dessous, Ademe, 2018.

(3) 7 T-shirts blancs qui sont verts, thegoodgoods, 2020.

(4) Tackling Climate Change Through Livestock: A Global Assessment of Emissions and Mitigation Opportunities, FAO, 2013.

(5) Jamy détaille le périple d’un jean jusqu’à sa vente, Positivr, 2019.

(6) 87 % des textiles et de l’habillement achetés par les Français sont importés, fashionnetwork, 2019.

(7) La collecte et recyclage de vieux vêtements en France, Planetoscope, 2015.

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